L'eau.
Dans la dernière série de toiles peintes par Olivier, on ne voit qu'elle. A peine remarque-t-on quelques silhouettes ici ou là, regardant la rivière, y plongeant comme pour en percer le mystère. On sait qu'après avoir porté un regard presque scientifique sur la ville et l'urbanisme, qui le fascinaient, l'artiste s'était attaché à l'étude des comportements humains, notamment de jeunes enfants sautant à la corde dans une cour de récréation. Jusqu'ici, il m'avait toujours semblé qu'il racontait une histoire, en effet. La sienne, peut-être. Mais dans ses dernières oeuvres, c'est à une contemplation qu'Olivier nous convie.
C'est la Cèze, ou le Gardon, qui ont inspiré le peintre, certes, mais ces eaux, que j'ai pourtant fréquentées avec assiduité, jamais, je ne les avais vues si denses, si lumineuses, si profondes. L'eau peinte par Olivier est primordiale, universelle et n'est pas sans évoquer Monet, ou Seurat et sa Baignade à Asnières, qui l'avait tant impressionné. Mais peindre l'eau, quand on admire Monet, ou Seurat! Olivier avoue avoir eu besoin de temps, de beaucoup de temps pour s'y risquer; pour se jeter à l'eau, en somme.
A bien y réfléchir, je me demande si ce sont ses filles, qui se laissent "imprégner par le mystère", comme il me l'a dit récemment. Ou bien est-ce lui, l'artiste, qui aurait lâché le monde des formes structurées, voire architecturées, des corps en mouvement, au profit d'une intériorité qui dit quelque chose de cette vérité dont le poète chinois King Hao dit qu'elle est le souffle et la substance portés à leur plus grande densité?
Quoique très admirative de la technique d'Olivier, de sa sensibilité, parfois même éblouie, notamment par la lumière de ses chers paysages de Toscane, j'étais souvent restée un peu spectatrice devant ses toiles antérieures. Mais là, invitée par lui à venir voir les plus récentes dans son atelier, j'ai été saisie, comme si je plongeais moi aussi dans la toile, comme si l'eau, l'intimité de l'artiste, lequel se serait laissé allé à nous révéler quelque chose de son propre mystère? Olivier le dit : "l'oeuvre raconte ce qui se passe dans ma vie; c'est à première vue un journal visuel".
A première vue seulement. Car si, de ses dernières toiles se dégage une impression de beauté pure, de paix, je crois y voir aussi une certaine solitude, un sourd désir de s'éloigner de l'humain pour entrer dans un monde d'ombres et de lumières (ici admirablement réparties dans l'espace) où tout désir de domination se délite, disparaît, où l'homme ne peut avoir de place que dans le retrait, dans l'humilité où tout artiste désireux de témoigner de son passage sur la terre se doit de séjourner.
Sophie BASTIDE-FOLTZ 2006.