Pierre-Marie Brisson est né à Orléans, en 1955. En 1972 il rencontre le peintre Bernard Saby, qui l'encourage. Il expose pour la première fois au Musée Charles Peguy d'Orléans, en 1975, puis à la Galerie Lucette Herzog à Paris, en 1978. Il s'initie à la gravure dans l'atelier Pasnic à Paris, en 1979.
Peintre de notoriété internationale, Pierre-Marie Brisson puise son inspiration dans l'art rupestre et la fresque, dont il s'attache à reproduire les échos oniriques et poétiques.
A travers sa technique si caractéristique, entre grattage et collage, son travail privilégie la matière et la couleur. Ses décors qui tiennent à la fois du théâtre et du cirque, sont bravés par des funambule, des amants, des oiseaux, des alpinistes impliqués dans des rêves-poursuites d'une sensualité éphémère. Des pans de mémoire venus de tous les horizons nous convient à d'insolites voyages en Camargue, à Pompéi, au Maroc et au Japon.
Les oeuvres de Brisson nous plongent dans l'univers fascinant des cultures ancestrales, à la découverte de ces "traces laissées par les hommes", pour reprendre la définition de l'art qu'affectionne l'artiste.
A partir du procédé Goetz (gravure au carborendum), sa propre technique s'est développée et enrichie pour atteindre une liberté d'expression originale. Son oeuvre gravée explore et répond à certains thèmes de l'oeuvre picturale tout en affirmant sa spécificité.
Depuis 1980, Pierre Marie Brisson expose régulièrement aux Etats-Unis, au Canada, en Europe (Allemagne, Suède) et en Asie (Japon). Première exposition à New-York en 1980 organisée par l'éditeur Bruno Roulland
"Depuis quelques années maintenant, Pierre Marie Brisson vit en Camargue, dans un mas qui se fond dans cet indescriptible paysage d'horizontales mouvantes et fuyantes, chaudes et humides, aériennes et végétales, âpres également, vibrantes d'une culture où violence et douceur, sensualité et réserve se conjuguent pour mieux ensorceler. C'est le point de chute, logique diraient certains, d'une personnalité toute en nuances où la bonté du regard contraste avec la force qui émane de la stature, et la débonnaire ou timide retenue avec la malice ou la vivacité des phrases ponctuées d'absences rêveuses.
L'œuvre de l'artiste y trouve un écrin naturel mais en aucun cas une finalité régionaliste réductrice : ses influences sont trop nombreuses, la richesse de sa longue maturation bien plus lointaine. C'est parce qu'une toile de Pierre Marie Brisson génère le mouvement, invite au voyage, au jeu de l'esprit et du regard, que le parallèle avec le paysage jaillit facilement, mais chaque toile, détachée comme il se doit de tout contexte, devient son propre sujet, intemporel et sans attaches.
L'apesanteur des figures esquissées, troublantes et sereines, inquiétantes parfois, s'y joue de la matérialité du support, poreux, usé, témoin semble-t-il d'un passé immémorial dans lequel naïveté ou innocence idyllique s'imposeraient pour immédiatement s'effacer dans un au-delà du langage : art de l'estompe, de l'éclair, miroirs d'images.
Parler d'un de ses tableaux, au-delà des considérations techniques, revient un peu à violer une expérience personnelle et extatique : avouer par exemple des plaisirs gourmands et sensuels face à l'alchimie des aplats de couleur flottant sur ces fonds rugueux et vaporeux aux mille et une nuances, ou livrer ses retenues et ses fulgurantes envolées quand le regard, d'abord piégé par la rigueur faussement rassurante des formes géométriques, dérape puis se perd dans des territoires illusoirement vierges, en fait palimpestes d'une perpétuelle recréation et récréation...
Que dire encore de ses silhouettes filiformes qui esquissent un mouvement dont nous ne savons s'il se commence ou s'il s'achève?
De ces sombres ombres dont la grossière et pourtant si poétique ébauche semble être la seule raison d'être ou de na pas être? Naissance ou disparition? Sujet du tableau ou simple prétexte? Nouveau piège ou nouvelle invitation au jeu?
Mais une lézarde encore inconnue vient de surgir à la frontière d'une tranchante bipartition ; elle vibre de ses contours indistincts et de ses profondeurs chamarrées, elle palpite, enferme et libère déjà. Pour quels ailleurs, quelles vérités? Je vous laisse..."
Marc LEPAPE
Ecrivain, professeur de littérature, Paris.